La boussole des Argonautes
 
Manuscrit écrit en Marseille en 1715
 


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e bref texte, inédit à ce jour, est d’un très grand mérite… Aimablement composée selon le style traditionnel en cette matière – le dialogue –, cette narration développe l’argumentaire classique des vrais alchimistes avec subtilité et citations à l’appui, à l’occasion d’une discussion entre amis de la vérité (en grec : Philalèthes) : on fait ainsi et avec agrément le tour de cette discipline aussi ancienne que réputée complexe, et il apparaît qu’elle est non seulement à la portée de quiconque l’étudie selon de bons principes d’apprentissage, mais qu’elle serait aisée de réalisation si les éléments du ciel y contribuaient… Un exemple du genre, comme celui ci-après :

Pour faire la projection sur les métaux

Pour bien convertir tous les métaux imparfaits à la nature de notre grand roi, il faut prendre une once d’icelui, après qu’il est multiplié et rafraîchit, et le jeter sur quatre once de fin or fondu, et trouverez votre matière frangible laquelle pulvériserez et ferez décuire par trois jours dans un vaisseau propre et bien fermé au-dedans de la montagne close, avec la chaleur du dernier assaut. Et d’icelle poudre en jetterez une once sur vingt cinq marcs d’argent, ou de cuivre : ou bien sur dix huit marcs de plomb, ou d’étain ; ou bien sur quinze marcs d’argent vif comme échauffé dans un creuset ou congelé avec le plomb. Mais faut que premièrement ils soient bien fondus et échauffés, et verrez bientôt après votre matière couverte d’une écume bien épaisse. Puis quand elle aura fait son opération, il vous semblera que le creuset ait éclaté. Lors ferez refondre votre matière et la trouverez en fin or. Mais si d’aventure n’aviez gardé le poids susdit, vous n’y trouverez vos matières comme en rien changées de leur première couleur. C’est pourquoi il faudra les passer par une grande coupelle, sans y mettre du Plomb, et dans trois heures après la coupelle aura consumé tout ce qui n’avait pas été parfait, par faute de n’avoir mis assez dans notre Divine Œuvre ; Et le reste demeurera au dessus tout net, lequel passerez par le cément royal, durant l’espace de six heures et trouverez tout l’or, qui aura été converti par l’aide de notre grand roi, aussi fin que l’or minéral. Et c’est ce moyen que Raymond Lulle a enseigné en son Codicille, lequel apprend le second en son Testament qui est la façon d’user de la Divine Œuvre pour les perles et les rubis comme l’avons écrit ci devant page 82. »