VITRIOL, etc...

par Armand Trébise

 

    La cabale hermétique, dont les alchimistes disent qu’elle garde et ouvre ou referme le bastion alchimique, n’a jamais fait l’objet d’une quelconque étude savante.
Il est donc bon de donner un exemple de l’un de ses modes de fonctionnement…

    La page de frontispice du traité La Toyson d'or, de Salomon Trismosin, dans son édition française de 1613, nous montre un célèbre paradigme alchimique entouré d'une fameuse devise latine due, estime-t-on, à l'ingéniosité du moine allemand Basile Valentin, l’alchimiste à qui on l'attribue :

    Voici cette devise : "Visita Interiora Terrae Rectifiando Invenies Occultum Lapidem Veram Medicinam", qui se traduit ainsi : « Visite l'intérieur de la Terre, en rectifiant tu découvriras la pierre cachée, véritable médecine ».
Cette devise cache un acronyme, ou un acrostiche, c’est-à-dire un mot constitué des lettres initiales des mots de cette devise :


VITRIOLUM


qui désigne analogiquement la clé qui permet de pénétrer la matière métallique en alchimie…
Cette manière de montrer sans montrer, de dire sans dire et de cacher sans cacher est typiquement égyptienne : on la nomme acrologie. Chaque lettre est l’initiale d’un mot dont le contexte seul peut aider à la découverte…
Avec les sept premières lettres du mot, c'est-à-dire avec le mot "Vitriol", qui est chez les anciens chymistes, en général, le nom générique des acides minéraux, Pierre-Jean Fabre, médecin et alchimiste de Castelnaudary, fit l'anagramme « l'or (y) vit » (voir son Abrégé des secrets chymiques, 1636). La traduction que pourrait autoriser l'étymologie de ce mot serait cependant "Huile de verre", comme l'indique expressément Moras de Respour, dans Rares expériences sur l'esprit minéral (Paris 1668, p. 59 et 60), où il écrit : « Ils l'ont nommé vitriol ; voulant dire "vitri oleum", ou huile de verre, parce qu'elle se tire (...) par feu de vitrification ». Il ne nous restait qu’à offrir l’indécente anagramme "Tri viol", qui indique, à la façon de Rabelais - et analogiquement -, le nombre des réitérations purgatives nécessaires à l’obtention de la matière première philosophiquement préparée... Cette décomposition du mot nous assure encore de la constitution ternaire des Principes toujours invisibles (Tri voil ?), et par dérivation paronymique, du caractère vulgaire de ladite matière première (Triviale)... Ce faisant, nous montrons qu’un terme peut en cacher un autre, qui peut en cacher un autre, qui... Qu’une proposition n’exclut pas une autre, qu’elle peut même la compléter ou la préciser, qu’il s’agit de permuter, de transposer, d’ajouter...
Ce qui est tout l’art cabalistique.

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