Quelques opinions savantes
à propos de l'Alchimie...

« À la matière même un verbe est attaché ;
Ne la fait pas servir à quelque usage impie. »
Gérard de Nerval, Les Chimères.

La plus grande revue scientifique du monde, Nature, rappelle fort opportunément à ceux qui l'auraient oublié, que « C'est à la source solide de la nature que s'adresse l'esprit scientifique »...

« Par suite de l'admission trop exclusive des théories de la chimie moderne et par l'abandon dans lequel certains auteurs ont laissé les écrits alchimiques, on se contente généralement de parler des alchimistes avec dédain, mais je puis affirmer qu'ils étaient guidés par une saine philosophie, et que tout leur art reposait sur une théorie générale de la nature. Aucun fait de l'époque actuelle n'est en contradiction avec leurs travaux. Au contraire, à mesure que la chimie grandit, elle semble apporter de nouveaux faits de l'ordre de ceux qui faisaient la base des théories alchimiques. Pour le prouver, il suffit de citer l'isomérie et la catalyse » explique le professeur Baudrimont (Traité de chimie. Paris 1884. p.68), qui rejoint en cela l'opinion du savant chimiste Marcelin Berthelot (1827-1907),  auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la chimie ancienne et à l'alchimie :

Dans une conférence faite en juillet 1946 à Goettingue, le célèbre physicien et Prix Nobel Max Planck déclarait : « Nous pouvons faire des remarques sur un problème de chimie, celui de la transmutation d'un métal vil, tel le mercure, en or. Avant la chimie scientifique, cette question avait une importance considérable et beaucoup de savants et d'ignorants y ont consacré des années de leur existence. Plus tard, lors de l'apparition de la théorie des éléments, la question fut ravalée au rang de faux problème. Actuellement, depuis la découverte de la radioactivité artificielle, les choses ont encore changé et il ne nous semble plus absolument impossible d'inventer un procédé qui éloignerait un proton du noyau de l'atome de mercure et un électron de sa ceinture, ce qui transmuterait l'atome de mercure en atome d'or ; dans l'état actuel de la science, le problème des alchimistes cesse donc d'être un faux problème. » (Editions Médiations, Paris, 1963).

Quant au professeur Frédérick Soddy, lui aussi récompensé par le Prix Nobel de physique, il propose une vue personnelle audacieuse, et non conventionnelle dans le milieu conformiste des professionnels de la science : « Il est curieux - dit-il - de réfléchir, par exemple, à la remarquable légende de la pierre philosophale, qui est une des croyances les plus anciennes et les plus universelles, et dont l'origine, si loin que nous puissions remonter dans les traces du passé, ne saurait être, avec certitudes, rapportée à sa vraie source. On attribuait à la pierre philosophale le pouvoir non seulement d'effectuer la transmutation des métaux, mais aussi d'agir comme élixir de vie. Or, quelle qu'aie été l'origine de cette association d'idées, apparemment dénuée de sens, elle se montre, en réalité, comme l'expression très correcte et à peine allégorique de notre actuelle manière de voir. Il ne faut pas un grand effort d'imagination pour arriver à voir dans l'énergie la vie même de l'univers physique : et on sait, aujourd'hui, que c'est grâce à la transmutation que jaillissent les sources premières de la vie physique de l'univers. Cet antique rapprochement du pouvoir de transmutation et de l'élixir de vie n'est-il donc qu'une simple coïncidence ? Je préfère croire que ce pourrait bien être un écho venu de l'un des nombreux âges où, dans les temps préhistoriques, des hommes ont suivi, avant nous, la route même que nos pieds foulent aujourd'hui. Mais ce passé est probablement si reculé que les atomes qui en furent contemporains ont littéralement eu le temps de se désintégrer totalement. Laissons encore un instant notre imagination vagabonder librement dans ces régions idéales. Supposons que cette hypothèse, qui s'est présentée d'elle-même à nous, soit vraie et que nous puissions avoir confiance dans le mince fondement constitué par les traditions et les superstitions transmises jusqu'à nous depuis les temps préhistoriques. Ne pourrions-nous pas voir en elles une certaine justification de cette croyance que les hommes de quelque race éteinte et oubliée sont parvenus non seulement aux connaissances que nous avons si récemment acquises, mais encore aux capacités qui ne sont pas encore les nôtres ? La science reconstruit l'histoire du passé comme celle d'une ascension continue de l'homme jusqu'au niveau actuel de sa puissance. En face des preuves indirectes de ce constant progrès de la race, la notion traditionnelle de la chute de l'homme, à partir d'un état antérieur plus élevé, est devenue de plus en plus difficile à interpréter. Mais, de notre nouveau point de vue, ces deux faits ne sont nullement aussi inconciliables qu'ils le paraissent. Une race capable de transmuer la matière n'aurait, pour ainsi dire, nullement besoin de gagner son pain à la sueur de son front. Etant donné ce que nos ingénieurs exécutent avec leurs ressources relativement restreintes d'énergie, nous imaginons facilement que de tels hommes auraient pu rendre fertiles des continents désertiques, fondre les glaces des pôles et métamorphoser la Terre entière en un souriant Eden. Peut-être auraient-ils pu explorer le royaume de l'espace et émigrer vers des mondes plus favorisés, comme les populations surabondantes émigrent aujourd'hui vers les continents plus riches ? La légende de la chute de l'homme pourrait n'être que l'unique survivance d'un tel passé, après lequel, pour quelque raison inconnue, le monde, rentré sous l'inexorable domination de la Nature, a recommencé, une fois de plus, son laborieux voyage ascensionnel à travers les âges »...

A quoi il convient d'ajouter une autre opinion, aussi prestigieuse quoique bien plus ancienne ; elle est de la plume de notre ami Aristote de Stagire, le doxographe. Voici ce qu'il déclarait (Métaphysique, L8), que l'on trouvera fort peu éloigné des suggestions de Frédérick Soddy : « Une tradition, transmise de l'antiquité la plus reculée, et laissée sous forme de mythe aux âges suivants, nous apprend que les substances premières sont des dieux, et que le divin embrasse la nature entière. Tout le reste de cette tradition a été ajouté plus tard, sous une forme allégorique, en vue d'en persuader les masses, et pour étayer les lois et l'intérêt commun : ainsi a-t-on attribué aux dieux la forme humaine ou des représentations semblables à certains animaux, et a-t-on ajouté toutes sortes de dérivations de ce genre. Cependant, si l'on sépare du récit son fondement initial et qu'on le considère seul, à savoir la croyance que toutes les substances premières sont des dieux, alors on concevra que c'est là une assertion vraiment divine. Selon toute vraisemblance, les divers arts et la philosophie ont été à plusieurs reprises développés aussi loin que possible et chaque fois perdus, ainsi ces opinions ne sont que, pour ainsi dire, des reliques de la sagesse antique conservées jusqu'à notre temps »...