DES LAMPES INEXTINGUIBLES

Á LA LUMIÈRE ÉTERNELLE…

par Antoine Plussihem

La description de lampes perpétuelles, inextinguibles, éternelles, dites parfois sépulcrales, remonte à la plus haute Antiquité… et personne n’enquête sur elles

De nombreux auteurs juifs, grecs, romains, arabes et médiévaux, ont rapporté les découvertes de ce type de lampes dans des tombeaux et des temples, surtout en Egypte.

Certaines de ces histoires sont peut-être controuvées et inventées, mais certains faits demeurent… dont ceux-ci :

La Bible, par exemple, au chapitre 27 de l'Exode, verset 20, décrit le tabernacle des Hébreux décoré d’une lampe de cette nature.

Numa Pompilius, le second roi de Rome (environ six siècles avant notre ère), outre sa légendaire capacité à maîtriser la foudre, passait pour posséder une lampe éternelle dans le dôme de son temple.

Le satiriste assyro-grec Lucien de Samosate (120-180), au cours de l'un de ses voyages à Hiérapolis, en Syrie, vit ce qu’il appela un bijou brillant sur le front d'une statue de la déesse Héra, qui illuminait le temple chaque nuit.

A Baalbek (actuel Liban), célèbre pour ses gigantesques pierres taillées monolithiques, existait une pierre luminescente dans un temple dédié à Jupiter.

Plutarque (46-125) rapporte que, selon les prêtres, une lampe à l'entrée d'un temple dédié à Jupiter-Ammon brûlait sans interruption depuis la plus haute antiquité.

Le naturaliste romain Pline l’Ancien (Ie siècle), théorisait sur le fait qu'une lampe remplie de l'huile la plus pure, et nantie d’une mèche en amiante, pourrait brûler pour toujours.

Cette idée fut reprise un siècle plus tard par le fameux ingénieur et mécanicien grec Héron d'Alexandrie.


Le géographe et voyageur grec
Pausanias le Périégète (115-180) décrit - dans son Atticus (Livre I, chap. XXVI) - une magnifique lampe dorée vue dans le temple de Minerve Polias à Athènes. Voici ce qu’il en dit : « La lampe consacrée à la déesse est l'ouvrage de Callimaque, on ne la remplit d'huile qu'une fois par an, et elle brûle jusqu'à pareil jour de l'année suivante, quoiqu'elle soit allumée jour et nuit. La mèche est de lin Carpasien, le seul qui brûle sans se consumer. La fumée se dissipe par le moyen d'un palmier de bronze placé au-dessus de la lampe et qui s'élève jusqu'au plafond. »

Selon Saïd Ebn Batric, l'autel du temple d'Apollon Carneus et le grand temple d'Aberdain, en Arménie (et non en Ecosse !), en possédaient de semblables.

St Augustin (354-430) a laissé la description d'une lampe merveilleuse, vue dans un temple dédié à Isis, en Egypte, que « ni le vent ni la pluie ne pouvaient éteindre ».

Cette lampe a également été décrite par Fortunius Licetus.

En 527, durant le règne de Justinien de Byzance, en rénovant un vieux bâtiment à Edesse, en Syrie, on trouva dans une niche dissimulée et scellée, un crucifix et une lampe qui aurait brûlé pendant 500 ans, peut être déposé donc, à l’époque de la vie du Christ (mais la croix n’existait pas à cette époque comme emblème christique et chrétien, puisque le Christ n’avait pas encore été crucifié… Vigilance !).

En l'an 600, sur l'île volcanique de Nesis, près de Naples, on trouva - dans une tombe de marbre datant de l'ère pré-chrétienne - un vase contenant une lampe dont la flamme brillait dans une ampoule de verre ; celle-ci s'éteignit lorsque le verre fut malencontreusement brisé.

Vers 1 300, Marcus Graecus écrivait dans son fameux Liber Ignium (Le livre des feux), que l'on pouvait faire une lampe inépuisable avec une pâte à base de vers luisants.

 
Près de Rome, en 1401, on trouva le sépulcre de
Pallas, fils du roi troyen Evandre, illuminé par une lanterne perpétuelle : pour l'éteindre, il fallut la briser, ou, suivant les versions, renverser toute la "liqueur" de la lampe, qui serait restée allumée pendant 2 600 ans.

L'évêque de Vérone Ermalao Barbaro (1410-1471), célèbre traducteur des fables d'Esope, a également décrit plusieurs découvertes de lampes et, notamment, celle faite en 1450 par un paysan près de Padoue (Italie) qui,  en labourant son champ, trouva une grosse urne en terre cuite avec deux petits vases métalliques, l'un en or, l'autre en argent. Dans ces derniers se trouvait un fluide clair, de composition inconnue, qualifié de "liqueur alchimique", tandis qu'à l'intérieur de l'urne, il y avait un second vase en terre cuite, dans lequel une lampe brûlait. Cette lampe fut récupérée par Franciscus Maturantius, qui l'a décrite dans une lettre à son ami Alphenus. Sur l'urne, des inscriptions en latin, exhortaient les voleurs éventuels à respecter l'offrande au dieu Pluton d’un certain Maximus Olybius.

En avril 1485, lors de travaux réalisés sur la voie Appienne, près de Rome, on ouvrit par hasard la tombe de Tullia, fille de Cicéron, décédée en 44 av. J.C..Une lampe qui éclairait faiblement surprit les découvreurs, qui la brisèrent maladroitement : elle devait avoir brûlé pendant plus de 1 500 ans. Le sarcophage était par ailleurs rempli d'un liquide sombre, qui avait parfaitement préservé le corps, qui fut un temps exposé à Rome et vu par 20 000 personnes durant les quelques jours où le corps fut exposé. 

Ludovicius Vives, en 1610, dans ses Notes sur St Augustin, dit que du temps de son père, en 1580, une lampe fut trouvée dans une tombe. Elle se brisa lorsqu'on essaya de la prendre. Une inscription permit de déduire qu’elle datait du début de notre ère.

En 1586, l'historien anglais Cambden, dans sa Description du Yorkshire, parle d'une lampe éternelle trouvée dans la tombe de Constantius Chlorus, père de l'empereur Constantin le Grand, qui imposa le christianisme comme religion d’Etat, décédé en 306 en Angleterre.        Il rapporte également la découverte d'autres lampes trouvées à la même époque, après la dissolution de l'église catholique et de la destruction de ses grands monastères, en 1539, par Henri VIII. Les biens de l'église furent systématiquement pillés, et ces lampes méprisées en tant que reliques de la papauté.

Le père jésuite Athanase Kircher, dans son Oedipus Aegyptiacus (1652), fait référence à de nombreuses découvertes de lampes perpétuelles trouvées par ses contemporains dans des caveaux souterrains, et notamment à Memphis, en Egypte.

Des lampes perpétuelles dans l’ancienne Egypte ? Ci-dessus : l’une des fameuses « ampoules » du « Couloir mystérieux » du Temple de Dendérah (Egypte)

En 1681, près de Grenoble, un mercenaire suisse nommé Du Praz, trouva une lampe en verre qui brûlait dans une tombe scellée. Cette lampe, toujours incandescente, fut ramenée dans un monastère proche où elle continua à brûler pendant plusieurs mois, jusqu'au jour où un moine âgé la brisa.

On trouva une autre lampe, dans une ancienne tombe romaine découverte en Espagne, près de Cordoue, en 1846.

 

Le père Evariste-Régis Huc (1813-1860), qui voyagea beaucoup en Asie, a laissé la description d'une lampe perpétuelle qu'il put voir au Tibet.

Episodiquement, depuis le XIXe siècle, apparaissent des récits invérifiables d’explorateurs prétendant avoir découvert des souterrains éclairés d’une luisance ne devant rien à un procédé connu des hommes…

Bien que, comme le rappelle le physicien anglais Lord Kelvin (1824-1907), découvreur du zéro absolu : « La science est tenue, par l’éternelle loi de l’honneur, à regarder franchement, en face et sans crainte, tout problème qui peut se présenter à elle », aucun de ses représentants ne s’est à ce jour penché sur ces fameuses lampes…

A l’inverse, de nombreux auteurs, religieux, alchimistes et autres curieux, se sont intéressés à ces lampes rarissimes et impossibles : pour les uns, elles étaient l’œuvre du diable, même si des religieux eux-mêmes n’y voyaient que des lampes aux propriétés étonnantes, mystérieuses certes, mais non magiques.

Pour les autres, prétendument plus savants, il ne pouvait s’agir que de supercheries puisque, s’ils ne parvenaient paseux-mêmesàfabriquer de telles lampes, elles ne pouvaient donc pas exister.

Quelques rares hérétiques ont cependant recherché une explication, ou se sont mis en quête de ce savoir perdu.

Ainsi, ceserait en cherchant à prouver la réalité de ces lampes éternelles que l’alchimiste allemand Hennig Brandt, de Hambourg, découvrit par hasard le phosphore en 1669.

Célèbre tableau de  montrant la découverte du phosphore

par l’alchimiste hambourgeois Hennig Brandt, en 1669.

De nombreuses hypothèses ont été émises sur la nature de ces étonnantes lampes : certaines auraient besoin d’air pour se consumer, semble-t-il, d’autres au contraire, s’éteignent au contact de l’air ; quelques-unes émettent une flamme, d’autres sont phosphorescentes ou simplement luminescentes ; leurs mèches, quand il y en a, semblent être d’amiante (dite laine de la salamandre) ou de métal ; leur carburant reste totalement mystérieux : pour certaines d’entre elles, ce serait une huile minérale, ou d’origine végétale (de l’huile tirée d’une espèce égyptienne de haricots toxiques notamment) qui brûle même sans air (oxygène) et sans dégager de fumée, pour d’autres ce serait un matière bitumineuse, pour d’autres encore, un liquide ou un gaz luminescent issu de l’élaboration alchimique de la fameuse Pierre philosophale…

Peut-être que quelques amateurs éclairés d’alchimie connaissent le petit ouvrage d’un certain Sieur Gosset, médecin d’Amiens, qu’il fit paraître à ses dépens en 1735, un bref ouvrage intitulé Révélations cabalistiques d’une Médecine universelle tirée du Vin, avec une manière d’extraire le Sel de rosée, et une Dissertation sur les Lampes sépulcrales, dissertation en vingt-deuxpages…ou les articles que l’on trouve dans les Récréations mathématiques et physiques

Ilssaventtrèsprobablementqu’unautremédecinenparleicietdansses nombreuxmaisrares ouvrages ;Pierre-JeanFabredeCastelnaudary.

Mais à coup sûr, tous savent ce que Fulcanelli, le généreux et savant auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures philosophales, écrivit à ce sujet : « Les maîtres de l’art nous apprennent que le but de leurs travaux est triple. Ce qu’ils cherchent à réaliser en premier lieu c’est la médecine universelle ou pierre philosophale proprement dite. Obtenue sous forme saline, multipliée ou non, elle n’est utilisable que pour la guérison des maladies humaines, la conservation de la santé et l’accroissement des végétaux. Soluble dans toute liqueur spiritueuse, sa solution prend le nom d’Or potable parce qu’elle affecte une magnifique couleur jaune. Sa valeur curative et la diversité de son emploi en thérapeutique en font un auxiliaire précieux dans le traitement des affections graves et incurables. Elle n’a aucune action sur les métaux, sauf sur l’or et l’argent, avec lesquels elle se fixe et qu’elle dote de ses propriétés, mais, conséquemment, ne sert de rien pour la transmutation. Cependant, si l’on excède le nombre limite de ses multiplications, elle change de forme et, au lieu de reprendre l’état solide et cristallin en se refroidissant, elle demeure fluide comme le vif-argent [lemercuremétallique,ouhydrargyre]et absolument incoagulable. Dans l’obscurité, elle brille alors d’une lueur douce, rouge et phosphorescente, dont l’éclat reste plus faible que celui d’une veilleuse ordinaire. La médecine universelle est devenue la "Lumière inextinguible", le produit éclairant de ces lampes perpétuelles, que certains auteurs ont signalé comme ayant été trouvées dans quelques sépultures antiques. Ainsi radiante et liquide, la pierre philosophale n’est guère susceptible, à notre avis, d’être poussée plus loin : vouloir amplifier sa vertu ignée nous semblerait dangereux, le moins que l’on pourrait craindre serait de la volatiliser et de perdre le bénéfice d’un labeur considérable. Enfin, si l’on fermente la médecine universelle, solide avec l’or ou l’argent très purs, par fusion directe, on obtient la Poudre de Projection, troisième forme de la pierre. C’est une masse translucide, rouge ou blanche selon le métal choisi, pulvérisable, propre seulement à la transmutation métallique. Orientée, déterminée, et spécifiée au règne minéral, elle est inutile et sans action pour les deux autres règnes. »

Mais quels sont ceux qui ont pensé que la lampe éclairant certaines pages du site de La NouvelleAtlantide pouvait être une référence directe à ces fameuses lampes inextinguibles, emblèmes lumineux s’il en est de l’art et du savoir alchimiques ?

*****